Notice historique — 1772-1843

Mademoiselle Lenormand, la cartomancienne qui n'a pas créé son jeu

Marie-Anne Adélaïde Lenormand fut la devineresse la plus célèbre de son époque. Le jeu de 36 cartes qui porte son nom, lui, ne vient pas d'elle — et cette confusion mérite d'être défaite.

La cartomancienne

Qui était Marie-Anne Lenormand

Née à Alençon en 1772, morte à Paris en 1843. Entre les deux, une carrière qui traverse quatre régimes.

Marie-Anne Adélaïde Lenormand s'installe à Paris à la fin du XVIIIe siècle et y exerce la cartomancie pendant plus de quarante ans. Sa notoriété se construit sous la Révolution, s'installe sous le Consulat et l'Empire, et lui survit sous la Restauration. Elle fut arrêtée et emprisonnée à plusieurs reprises — la divination était périodiquement poursuivie — ce qui, loin de la desservir, alimenta sa légende.

Une célébrité de son vivant

Peu de devineresses ont laissé une trace comparable. Mlle Lenormand recevait dans son cabinet parisien une clientèle qui allait de la bourgeoisie aux figures du pouvoir, et elle publia elle-même plusieurs ouvrages où elle relatait ses consultations. C'est précisément cette production écrite qui pose problème à l'historien : elle est à la fois la source principale sur sa vie et une entreprise de promotion personnelle.

Ce qui reste incertain

Les récits les plus repris — la prédiction faite à Joséphine de Beauharnais, celles annoncées à Robespierre ou à Marat — ont pour la plupart été publiés après les événements. Une prophétie racontée une fois l'issue connue n'a plus rien d'une prophétie. Je le dis d'autant plus volontiers que c'est exactement ce que je reproche aux voyants d'aujourd'hui qui annoncent des dates : la vérification vaut pour toutes les époques, y compris pour les figures qu'on admire.

La confusion

Le jeu qui porte son nom ne vient pas d'elle

C'est le point que presque aucune page ne mentionne, et il change la façon de regarder ce jeu.

Le jeu de 36 cartes vendu aujourd'hui sous l'appellation « Petit Lenormand » dérive d'un jeu de société allemand conçu à la fin du XVIIIe siècle : le Jeu de l'Espérance, attribué à Johann Kaspar Hechtel. Ses images — la Maison, le Navire, le Trèfle, la Faux — étaient à l'origine celles d'un parcours de jeu, pas d'un support divinatoire. L'usage cartomantique et le nom de la devineresse lui furent associés après la mort de celle-ci, dans les décennies suivantes.

L'opération était commerciale, et elle a parfaitement réussi : près de deux siècles plus tard, le nom tient toujours. Il faut simplement savoir qu'on nomme ce jeu d'après une praticienne qui ne l'a jamais utilisé.

Le Grand Jeu, une autre confusion

On trouve aussi un « Grand Jeu » vendu sous le même nom, beaucoup plus fourni et beaucoup plus chargé : astrologie, mythologie, symboles empruntés à plusieurs traditions sur une même carte. Ce n'est ni le même jeu ni la même lecture. La personne qui achète l'un en croyant acheter l'autre s'en aperçoit dès le premier tirage.

Est-ce que ça enlève quelque chose au jeu ?

Non, et c'est important de le dire. La cohérence du Petit Lenormand, sa grammaire de combinaisons, sa littéralité tiennent debout indépendamment de qui l'a signé. Ce que l'histoire du nom rappelle, c'est qu'en divination l'ancienneté d'une appellation ne dit rien de l'ancienneté d'une méthode — une confusion que le vocabulaire du domaine entretient volontiers.

On nomme ce jeu d'après une cartomancienne qui ne l'a jamais utilisé. Ça n'en retire rien, à condition de le savoir.

Claire
Pour aller plus loin

De l'histoire à la pratique

Deux pages prennent le relais sur le versant technique.

Pour la pratique plutôt que l'histoire, la page consacrée au tirage Lenormand explique comment se lisent les 36 cartes, par paires et par lignes. Et si vous cherchez la variante à trente-deux lames, issue du jeu de piquet et souvent confondue avec celle-ci, elle est détaillée sur la page du tirage à 32 cartes.

Vos questions

Questions fréquentes sur Mlle Lenormand

Qui était Marie-Anne Lenormand ?
Une cartomancienne française née à Alençon en 1772 et morte à Paris en 1843. Elle a exercé sous la Révolution, le Consulat, l'Empire et la Restauration, et fut la devineresse la plus célèbre de son époque — au point que son nom sert encore aujourd'hui à désigner un jeu qu'elle n'a pas créé.
A-t-elle créé le jeu qui porte son nom ?
Non. Le jeu de 36 cartes dit « Petit Lenormand » dérive d'un jeu de société allemand de la fin du XVIIIe siècle, le Jeu de l'Espérance de Johann Kaspar Hechtel. Son nom lui a été accolé après sa mort, pour des raisons commerciales : un nom célèbre vend mieux qu'un jeu anonyme.
Quelle est la différence entre le Grand Jeu et le Petit Lenormand ?
Le Petit Lenormand compte 36 cartes aux images concrètes et se lit par combinaisons. Le Grand Jeu, plus tardif et beaucoup plus fourni, mêle astrologie, mythologie et symboles divers sur des cartes plus chargées. Ce sont deux jeux différents, tous deux commercialisés sous le même nom.
Ses prédictions se sont-elles réalisées ?
Impossible à dire. Les récits qui circulent — la prédiction faite à Joséphine de Beauharnais, celles annoncées à des figures de la Révolution — ont presque tous été publiés après les événements, souvent par elle-même ou par ses éditeurs. Une prédiction racontée après coup n'en est plus une, et c'est vrai à toutes les époques.
Une lecture, pas une légende

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